RODIN Auguste, 1840-1917 - Lot 73

Lot 73
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Estimation :
150000 - 250000 EUR
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RODIN Auguste, 1840-1917 - Lot 73
RODIN Auguste, 1840-1917 L’Éternel Printemps Second état, 3ème réduction Groupe en bronze à double patine richement nuancée, F. BARBEDIENNE FONDEUR. Sur le côté droit du tertre : Rodin. Sur le bas de la terrasse la marque du fondeur. Dessous les lettres VL et H frappées au tas. Ht. : 39,4 cm - Lg. : 49,3 cm - Prof. : 30,6 cm Conçu en 1894, cette taille réduite en 1898, cette épreuve en bronze entre 1905 et 1910. Une lettre d’inclusion au catalogue critique de l’œuvre sculpté par le Comité Auguste Rodin sera remise à l’acquéreur. Rapport de condition sur demande. Provenance : Collection française, acquis au début des années 1980. Bibliographie : - Antoinette Le Normand-Romain, Rodin et le bronze, catalogue des œuvres conservées au musée Rodin, tome I, musée Rodin, Paris, 2007, un modèle similaire décrit et reproduit p.334. - Rainer Crone, Siegfried Salzmann, Rodin, Eros and Creativity, édition Prestel, Munich, 1997, planche 13 pour le marbre conservé au musée Rodin. - Monique Laurent, Rodin, édition Chêne Hachette, 1989, pp.90-91 pour le bronze conservé au musée Rodin. - John L. Tancock, The sculpture of Auguste Rodin, the collection of the Rodin museum Philadelphia, Philadelphia Museum of Art, 1976, un modèle en bronze similaire décrit et reproduit sous le n°32b, pp.241-243. L’Éternel Printemps est probablement l’œuvre de Rodin la plus célèbre avec Le Penseur. La date de 1884 est souvent retenue, et le groupe en terre cuite apparaît sur une photographie de l’atelier datée de 1886 devant la Porte. Inspiré par Paolo et Francesca de Dante, la sculpture évoque ici un amour heureux qui s’harmonise mal avec le programme de l’Enfer. Le groupe créé est complètement modifié pour la Porte, mais Rodin conserve la version d’origine qui perdure de manière autonome. C’est de cette genèse que l’Éternel Printemps hérite sa vision frontale. « Zéphir et la Terre », puis « Amour et Psyché », « Jeunesse » et « Idéal » : l’œuvre portera de nombreux titres avant d’exister sous la dénomination définitive d’Éternel Printemps. Cela révèle le succès de l’œuvre mais aussi la réussite de Rodin à représenter un sentiment universel. La composition en X choisie par Rodin retranscrit parfaitement l’exaltation des amants. Elle crée une instabilité et un dynamisme en adéquation avec la passion qui habite les corps représentés. On peut y voir un lien avec le début des relations amoureuses passionnées entre le maître et son élève Camille Claudel. À l’origine le couple devait apparaître suspendu en vol dans la composition plus vaste de la Porte de l’Enfer. La terrasse était réduite au minimum et le rocher n’existait pas. Ces éléments furent ajoutés pour renforcer l’unité du groupe. Les poses originales et les attitudes voluptueuses viennent des libertés accordées par Rodin à ses modèles dans l’atelier. Le corps féminin est tiré d’une œuvre précédente, le Torse d’Adèle, probablement réalisée vers 1880. C’est une œuvre fragmentaire sensuelle dont la torsion et la cambrure conviennent parfaitement à sa nouvelle destination dans l’Éternel Printemps. Comme à son habitude Rodin trouve l’inspiration dans ses œuvres antérieures et remanie à l’envi les corps modelés tel un démiurge capricieux. Une exquise sensualité émane de ces corps qui semblent tout à la fois violemment attirés et devant déjà se séparer. De la passion vorace du groupe Je suis belle (1882) au sentiment plus intériorisé du Baiser (1886), nous avons ici l’évocation d’un amour fougueux. Si l’érotisme est un thème majeur et constant dans l’œuvre de Rodin, il est souvent tragique et douloureux. L’Éternel Printemps est la traduction plastique d’une passion heureuse, et c’est aussi en cela qu’il se distingue dans l’œuvre du sculpteur. Le génie expressif de Rodin est parvenu à créer une image intemporelle de l’amour dans cette étreinte charnelle.
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