Le mercredi 4 novembre, la maison Rossini met aux enchères, en sa salle de la rue Rossini à Paris, une vente d'exception consacrée à l'art classique : un pastel de jeunesse d'Élisabeth Vigée Le Brun, une redécouverte du peintre polonais Hipolit Lipiński, un paysage lorrain de Claudot de Nancy, une Aphrodite romaine et une riche collection d'art asiatique.
Plus de 380 lots et près de vingt spécialités : du tableau ancien à l'archéologie, des tapisseries aux instruments de musique, du mobilier aux armes anciennes, la vente « Art classique » du 4 novembre rassemble de très beaux noms et des pièces rares, dans un catalogue préparé avec le concours d'experts de chaque domaine.
Tête d'affiche de la vacation, le Portrait de jeune fille d'Élisabeth Vigée Le Brun est signé et daté « Vigée / 1772 ». L'artiste n'a alors que dix-sept ans. Fille du pastelliste Louis Vigée, elle a ouvert son propre atelier à Paris deux ans plus tôt et travaille déjà pour une clientèle bourgeoise et aristocratique.
Le spécialiste Neil Jeffares, auteur du Dictionary of pastellists before 1800, a confirmé l'attribution de ce pastel. La technique y révèle déjà une grande maîtrise : distribution des lumières, fraîcheur des coloris, vérité de l'expression. Joseph Baillio, spécialiste de l'artiste, tient Vigée Le Brun pour l'un des plus grands pastellistes de tous les temps.
Deux ans après ce portrait, la jeune femme est reçue à l'Académie de Saint-Luc ; en 1778, elle devient la portraitiste officielle de la reine Marie-Antoinette.
Autre temps fort de la vente : Niedziela Zielna (« le Dimanche des herbes »), vaste composition panoramique peinte vers 1881 par Hipolit Lipiński (1846-1884). Formé à Cracovie puis à Munich, l'artiste rejoint à son retour en Pologne l'atelier de Jan Matejko et s'impose comme l'un des observateurs les plus attentifs de la vie populaire polonaise.
Conservé jusqu'ici dans une famille du sud de la France, sans que son identité ne soit connue, le tableau a pu être identifié grâce à sa reproduction dans la revue illustrée varsovienne Kłosy, en février 1882. Il représente la fête de la Vierge « Matka Boska Zielna », célébrée le 15 août, lorsque les femmes apportaient à l'église des bouquets de fleurs, d'herbes et de céréales à faire bénir. Paysans endimanchés, enfants, chevaux et charrettes se déploient le long du chemin menant à l'église : une véritable chronique de la vie rurale polonaise, dont la trace semblait perdue depuis 1882.
Élève de Jean Girardet, Jean-Baptiste Claudot, dit Claudot de Nancy, est un peintre et décorateur lorrain, célèbre pour ses paysages aux ruines antiques, dans la veine d'Hubert Robert. Son Paysage d'estuaire porte au dos une étiquette manuscrite : « Paysage de Claudot, peintre lorrain, qui payait en tableaux ses séjours à Clévant chez le Bon Rolland de Malleloy ».
Selon la tradition familiale, le peintre l'aurait offert à Sigisbert, baron Rolland de Malleloy, propriétaire du château de Clévant, en Meurthe-et-Moselle, où il séjournait régulièrement entre 1773 et 1779. Le tableau est resté dans la descendance jusqu'à aujourd'hui : un touchant témoignage de l'amitié entre l'artiste et la haute société lorraine.
La section d'archéologie réserve une belle pièce : une Aphrodite anadyomène de type de Cnide, en marbre blanc grec. Œuvre romaine des Ier-IIe siècles, elle reprend un original grec du IVe siècle avant notre ère, dont la composition a inspiré de nombreuses copies à travers l'Antiquité.
Haute de trente-cinq centimètres, la déesse repose sur un socle en marbre veiné blanc, ce qui porte l'ensemble à quarante-neuf centimètres. La pièce a été expertisée par Daniel Lebeurrier, spécialiste d'archéologie.
Du Japon à la Birmanie, en passant par la Chine et la Thaïlande, la vente s'ouvre avec une importante collection d'art asiatique, expertisée par le Cabinet Portier. On y remarque notamment un Bouddha Muchalinda en grès de Lopburi (Thaïlande, XIIIe siècle), assis sur le naga dont les têtes se déploient pour le protéger, passé en vente chez Me Maurice Rheims en 1958 ; un shinto katana de l'époque Edo signé Kawachi no kami Fujiwara Kunisuke, accompagné de son certificat NBTHK ; ou encore un grand rapace en métal argenté de l'époque Meiji, signé Masatsune.